Requiem pour le Roi Louis XVI

Publié Wednesday le 21 January, 2015

On pourrait se demander pourquoi commémorer à Québec un événement vieux de plus de 220 ans ! Pourquoi célébrer une messe pour un monarque, symbole de temps anciens et révolus dont la grande majorité de nos contemporains ignorent à peu près tout. N’est-ce pas faire preuve de nostalgie ? N’est-ce pas être passéiste ou réactionnaire ? N’est-ce pas aller à l’encontre d’un progrès et d’un sens de l’histoire que l’on nous dit être inéluctable ? Les temps changent nous dit-on, et il faut s’en faire une raison, comme s’il y avait un destin, une fatalité qui nous échapperait, et qui nous condamnerait à demeurer dans les oubliettes de l’histoire faute de l’accepter.

    La réponse à ces questions se trouve peut-être dans la devise du Québec : Je me souviens ! C’est cette devise que nous retrouvons gravée sous les armes du Québec au-dessus de la porte de l’Hôtel du Parlement. Dans un discours prononcé en 1895, l’historien Thomas Chapais dira :

« La province de Québec a une devise dont elle est fière et qu'elle aime à graver au fronton de ses monuments et de ses palais. Cette devise n'a que trois mots : « Je me souviens » ; mais ces trois mots, dans leur simple laconisme, valent le plus éloquent discours. Oui, nous nous souvenons. Nous nous souvenons du passé et de ses leçons, du passé et de ses malheurs, du passé et de ses gloires. »

 

         Le passé nous enseigne, en effet, et si nous savons en retenir les leçons, il nous éclaire. Les armes du Québec viendront aussi rafraichir notre mémoire :

Tiercé en fasce :d’azur, à trois fleurs-de-lis d’or ; de gueules, à un léopard d’or armé et lampassé d’azur ; d’or, à une branche d’érable à sucre à triple feuille de sinople aux nervures du champ.

Les fleurs de lys d’or sont celles de la maison royale de Bourbon. C’est le roi Charles V qui en 1376 en fixa le nombre à trois en honneur à la Sainte Trinité. On rapporte que c’est à Clovis même que ces armes furent envoyées de Dieu pour sa conversion à la vraie religion qui confesse le Dieu trinitaire. Clovis encore païen aurait demandé à son épouse, Sainte Clotilde :

- "Qu’est-ce donc que ce lis, répété trois fois sur fond d’azur ?

- La Sainte-Trinité te donne ô Clovis la victoire, répondit la reine, afin que l’unité des trois fleurs d’or sur ton bouclier t’apporte une longue durée et que ton autorité préside à un âge d’or. Quant à l’azur du champ de l’écu, il préfigure le ciel que le Christ te promet si tu crois au vrai Dieu ».

 Si tu crois au vrai Dieu ! Telle est la clef qui ouvre les portes de l’histoire de France – et de la Nouvelle France – pour en comprendre le sens avec un regard de foi. C’est d’ailleurs vrai pour comprendre le sens de l’histoire de tous les peuples. « L'histoire doit être chrétienne, si elle veut être vraie, écrivait Dom Guéranger; car le christianisme est la vérité complète ; et tout système historique qui fait abstraction de l'ordre surnaturel dans l'exposé et l'appréciation des faits, est un système faux qui n'explique rien, et qui laisse les annales de l'humanité dans un chaos et dans une contradiction permanente avec toutes les idées que la raison se forme sur les destinées de notre race ici-bas. » Aussi l’histoire se doit de prendre en compte l’ordre surnaturel car ce dernier s’est manifesté tout au long des siècles, dans un premier temps au peuple hébreux, puis ensuite à toutes les nations. Or parmi toutes les nations on ne saurait nier sans faire outrage à la vérité le rôle prépondérant de la France : « Si le surnaturel vit partout ici-bas, il vit surtout en France » a dit le Pape Saint Pie X.

La destinée de la France est liée à un pacte, scellé à Reims en l’an 496. Clovis, Roi des Francs ayant fait graver les trois fleurs de lys sur son bouclier obtint la victoire lors de la bataille de Tolbiac. Il tient alors sa promesse de recevoir le baptême. Acte fondateur ! La veille de la cérémonie, Saint Rémi, évêque de Reims donne une dernière instruction au Roi.

« Votre postérité gouvernera noblement ce royaume; elle glorifiera la Sainte Eglise et héritera de l’empire des Romains. Elle ne cessera de prospérer, tant qu’elle suivra la voie de la vérité et de la vertu. Mais la décadence viendra par l’invasion des vices et des mauvaises mœurs. C’est là en effet, ce qui précipite la ruine des royaumes et des nations. » On ne peut qu’y voir une prophétie pour les temps actuels. Puis le Saint Evêque, inspiré d’En-Haut révèle alors à Clovis qu’elle est sa vocation et celle de son peuple : « Apprenez mon fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Eglise Romaine, qui est la seule véritable Eglise du Christ. Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes. Et il soumettra tous les autres peuples à son sceptre. Il durera jusqu’à la fin des temps. Il sera victorieux et prospère tant qu’il sera fidèle à la foi romaine. Mais il sera rudement châtié toutes les fois où il sera infidèle à sa vocation. »

Paroles à la foi consolantes et terrifiantes ! Consolantes car la promesse d’exister jusqu’à la fin des temps lui a été faite. Terrifiantes car la menace de châtiments lui a été signifiée. Il est bon de nous en souvenir !

En 1429 le surnaturel se manifeste à nouveau de façon exceptionnelle lorsque la Providence suscite une jeune vierge pour défendre le pacte de Reims. Au Duc de Bedford, régent d’Angleterre la Pucelle d’Orléans déclare : « Vous ne tiendrez pas le Royaume de France, de Dieu le Roi du ciel…mais le tiendra le Roi Charles, vrai héritier, car Dieu le Roi du Ciel le veut…Faites raison au Roi du Ciel de son sang royal ! »

 Charles VII sera conduit jusqu’à Reims où il recevra l’onction des Rois, ce quasi sacrement, pendant laquelle le Roi déclare :

 « Je promets au nom de Jésus Christ, au peuple Chrétien à moi sujet, ces choses.

 Premièrement, Que tout le peuple Chrétien gardera à l’Eglise de Dieu en tout temps la vraie paix par notre advis.

 Item, que je défendrai toutes rapines et iniquités en tous degrés.

 Item, qu’en tous jugements je commanderai équité et miséricorde afin que Dieu clément et miséricordieux m’octroie et à vous sa miséricorde.

 Item, qu’en bonne foi je travaillerai selon mon pouvoir à mettre hors de ma terre et juridiction à moi commise, tous les hérétiques déclarés par l’Eglise. »

Il est bon de nous en souvenir ! Le pacte de Reims s’est ainsi prolongé jusqu’à la Révolution qui mettra un terme à 13 siècles d’histoire. Revenir sur les circonstances historiques de celle-ci n’est pas notre propos maintenant. Nous nous contenterons de citer les paroles du Pape Pie VI lors de son allocution du 17 juin 1793 :

« Le roi très chrétien, Louis  XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie, et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de cette sentence. La convention nationale n’avait ni droit, ni autorité pour la prononcer. En effet après avoir abrogé la monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de choses par la vérité, et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile à être trompé et entraîné à tous les excès, ingrat, arrogant, cruel ; qui se réjouit dans le carnage, et dans l’effusion du sang humain, et se plaît à contempler les angoisses qui précèdent le dernier soupir comme on allait voir expirer autrefois les gladiateurs dans les amphithéâtres des anciens. La portion la plus féroce de ce peuple, peu satisfaite d’avoir dégradé la majesté de son roi, et déterminée à lui arracher la vie, voulut qu’il fût jugé par ses propres accusateurs, qui s’étaient déclarés hautement ses plus implacables ennemis. »

« Ah France ! poursuis le souverain Pontife. Toi que nos prédécesseurs appelaient « le miroir de toute la Chrétienté, et l’inébranlable appui de la foi ; toi qui par ton zèle pour la croyance chrétienne, et par ta piété filiale envers le Siège Apostolique, ne marches pas à la suite des autres nations, mais les précède toutes », Que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion ! Combien la fureur que tu lui témoignes surpasse déjà les excès de tous ceux qui se sont montrés jusqu’à présent ses persécuteurs les plus implacables ! Et cependant tu ne peux pas ignorer, quand même tu le voudrais, que la religion est la gardienne la plus sûre, et le plus solide fondement des empires, puisqu’elle réprime également et les abus d’autorité dans les princes qui gouvernent, et les écarts de la licence dans les sujets qui obéissent. Eh ! C’est pour cela même que tous les factieux adversaires des prérogatives royales cherchent à les anéantir, en s’efforçant de renverser d’abord la foi catholique. Ah ! Encore une fois, France ! Tu demandais toi-même auparavant un roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du royaume ne permettaient point de reconnaître un roi qui ne fût pas catholique. Et voilà maintenant que tu l’avais ce roi catholique ; et c’est précisément parce qu’il était catholique, que tu viens de l’assassiner ! »

Pie VI nous donne ainsi la véritable raison de l’assassinat du Roi Louis XVI : Parce qu’il était catholique ! Il est bon de nous en souvenir car c’est le motif qui nous réunit ce soir. Car à la vérité, si nous prions pour un fidèle défunt, c’est un martyr de la foi que nous honorons comme le laissent penser les dernières paroles de l’allocution de Pie VI. La Révolution s’est faite en haine de Dieu et de son Eglise, comme en témoigne les nombreux martyrs, prêtres, religieux, religieuses ou laïques morts pour leur foi sous le régime de la Terreur. Face à la barbarie, face à la cruauté, face à la haine, Louis, XVIème du nom, Roi de France et de Navarre par la grâce de Dieu, rendra dans la dignité et l’honneur le témoignage de sa foi et de son attachement à l’Eglise catholique. Un mois avant sa mort, il rédige le jour même de Noël son testament qui commence ainsi : 

« Au nom de la très Sainte Trinité, du Père, du fils et du Saint Esprit. » « Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Église Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de Saint Pierre auquel Jésus-Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Église, les Sacrements et les Mystères tels que l’Église Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchirent l’Église de Jésus-Christ, mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Église suivie depuis Jésus-Christ. Je plains de tout mon coeur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.

Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j’ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Église Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d’un Prêtre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence. »

Le 21 janvier 1793 au pied de l’échafaud Louis XVI adresse ces dernières paroles : « Je meurs innocent des crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez verser ne retombera pas sur la France. » Les tambours couvrent alors sa voix. Le Roi est mené à la guillotine dont le couperet fera tomber la tête à 10h22. C’était la France qui était décapitée.

Aujourd’hui 21 janvier 2015, nous nous souvenons,non pas pour nous enfermer avec nostalgie dans le passé mais parce que nous voulons bâtir l’avenir et voir réfleurir sur nos terres la foi de nos Pères. Au Québec comme en France, la Croix et les lys ont jadis témoigné de cette foi. Il y a 4 jours à Paris le Duc D’Anjou, chef de la Maison de Bourbon est venu rallumer cette espérance. « Nous nous retrouvons chaque année à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat du roi, mais il n’est pas question pour autant de nous tourner simplement vers le passé avec nostalgie. Ceci serait contraire à la tradition royale que traduit la formule ancienne « le Roi est mort, vive le Roi ». Hymne à la vie, au progrès. »

 En tuant Louis XVI, les révolutionnaires n’ont pas touché au principe même qui fait les Rois. Cela n’était pas en leur pouvoir. Car le Roi de France, Sainte Jeanne l’a rappelé, est d’abord et avant tout le lieutenant du Roi des Cieux. A Lui soit tout honneur et toute gloire ! Vive le Christ Roi ! Vivat Christus qui diligit Francos !


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